L’étude des sept jours de la première Genèse, puis les symboles majeurs de la seconde, tels Adam, Lilith ou le Serpent, nous font découvrir un texte nouveau, ouvert et adogmatique, qui recèle d’incroyables richesses.
Quand certains se satisfont rapidement, un peu trop peut-être, des solutions philosophiques toutes faites et qui semblent avoir fait leurs preuves – puisqu’elles ont été retenues par une large majorité – il est des tempéraments différents qui sont intimement persuadés que l’un des principaux objectifs de l’homme sur la terre, si ce n’est l’unique, consiste à découvrir, loin des douceurs trompeuses de la matérialité et des dogmes mortifères, l’Inconnaissable et le pourquoi de notre place en ce monde.
LES RÉPONSES DES MYTHES ET SYMBOLES
Les mythes, en général, seraient apparus en vue d’apporter une réponse théologique – telle qu’on pouvait la formuler et la comprendre à l’époque de leur création – à quantité de questions que l’homme se posait déjà sur les origines, le sens du monde et de l’existence. D’où la nécessité, incontournable pour nous aujourd’hui, de nous intéresser aux symboles, puisqu’ils constituent, à n’en pas douter, la base de ces légendes au coeur desquelles se trouve finalement contée, en trame de fond, l’histoire du divin créateur.
Mais le signifié d’un symbole peut-il être, de nos jours encore, accessible au travers de l’étude d’un signifiant qui remonte au Paléolithique ! A ce sujet, Irène Mainguy déclare que « chaque symbole est semblable à une graine enfouie dans le sol : que les circonstances deviennent favorables et il se libère alors de sa gangue pour retrouver toute sa richesse ». Dans la même veine, Henry Corbin déclare que les symboles doivent être abordés dans leur dimension atemporelle parce que l’acte de comprendre ne s’accomplit qu’au présent ». Si un symbole est uniquement perçu dans une perspective historique, alors il devient une simple allégorie et perd, de fait, l’essentiel de son sens. En revanche, si ce même symbole est perçu intérieurement et anime l’existence de celui qui le reçoit, s’il s’adresse directement à l’âme, alors le temps historique et le temps intérieur se rencontrent en un lieu unique où le symbole revêt, cette fois, toute son ampleur et sa propre réalité.
À PROPOS DES TEXTES TRADITIONNELS
La plupart des documents anciens en notre possession nous sont parvenus après avoir subi de sérieuses transformations, essentiellement liées aux cultures qui les ont manipulés, et aux traductions successives dont ils ont été l’objet. Or, comme le rappelle justement J. Assmann, « ce qui est plus ancien et plus proche de l’origine a une valeur de vérité supérieure à ce qui est plus récent et dérivé ». Ainsi, à titre d’exemple, qui se rappelle qu’avant de s’appeler Dieu, le dieu des hébreux s’appelait Elohîm ! Ce point peut sembler de l’ordre du détail et pourtant, peut-on prétendre accéder à une connaissance pleine et entière de celui qui se nomme Dieu si l’on ne prend pas aussi en compte l’ensemble des caractéristiques attachées à son premier nom ?
Que penser encore des traductions des textes hébreux et grecs quand, pour un même passage du Livre de Job (19, 25-26), la version hébraïque nous dit : « Je sais, moi, que mon défenseur est vivant, et que, le dernier, sur la poussière il se lèvera : et derrière ma peau je me tiendrai debout et, de ma chair, je verrai Eloah », alors que la traduction grecque rapporte : Car je sais qu’il est éternel celui qui va me délivrer ; sur la terre, que ressuscite ma peau qui supporte tout cela ; car pour le Seigneur ces choses sont accomplies pour moi. »
Selon les scientifiques, l’Ancien Testament fut probablement compilé, dans sa dernière version, entre le Vème et le IIème siècle avant notre ère, à partir de traditions la plupart du temps orales et plurimillénaires. Traduit une première fois au IIIème siècle avant notre ère, de l’hébreu au grec par l’élite de la communauté juive installée à Alexandrie, l’Ancien Testament verra ensuite sa version finale évoluer à de très nombreuses reprises, en fonction des dogmes qu’il sera appelé à soutenir. Ainsi, et pour ne citer qu’un exemple, l’Eglise n’hésitera pas à traduire, puis imposer, une lecture de la Genèse basée sur la faute et la culpabilité de l’homme, dans le seul but de justifier un modèle de société particulièrement hiérarchisé dans lequel les plus faibles n’ont d’autre choix que de concevoir leur triste condition comme l’expression d’une volonté supérieure.
UN NOUVEAU REGARD SUR LA BIBLE
( Vous pourrez lire la suite dans la revue Essentiel, présentement en kiosque)