La terre, un matériau de construction contemporain
Pourtant la terre est un des plus vieux matériaux de construction au monde. Cette tradition est vieille de 11 000 ans. On estime qu’en ce moment de notre histoire, 50% de la population mondiale vit dans une habitation en terre crue.
Alors étudiante en architecture à l’Université de Montréal, j’ai reçu une bourse pour étudier en France, à Grenoble, la construction en blocs de terre comprimée. Par la suite, j’ai reçu de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) une subvention pour analyser ici au Québec ce matériau. Oui la construction en blocs de terre comprimée est excellente pour nos climats nordiques.
Le matériau est aussi très moderne. Il a été étudié par de grands chercheurs dont un de mes professeurs à l’École d’architecture de Grenoble et mentor, Myriam Olivier, ingénieur, qui a fait son doctorat sur ce matériau.
Un peu d’histoire
Un des plus vieux exemples que nous ayons de la construction en terre est la Muraille de Chine qui a été commencé dès le 5ième siècle avant Jésus-Christ et dont plusieurs tronçons ont été réalisés en terre damée. Plus près de nous, en Amérique du Nord, l’architecture des Pueblos au Nouveau Mexique témoigne depuis plus de 900 ans de leur parfaite maîtrise de la brique crue. Au Yémen, des édifices de cinq et de six étages existent depuis plus de 500 ans. Encore aujourd’hui, on y construit en terre. En France, l’architecte François Cointereau (1740-1830) propage la construction en terre. Aujourd’hui, des villages entiers construits en pisé sont les témoins de cette époque. Avec l’arrivée des matériaux industrialisés, la construction en terre cesse vers 1950, mais pas pour très longtemps. En 1973, la crise pétrolière ne tarde pas à faire redécouvrir les bienfaits de cette construction. Des étudiants de l’École d’architecture de Grenoble, orientent très vite leurs travaux sur le matériau terre. Ainsi naît CRATerre, le Centre de recherche en architecture de terre, où j’ai étudié.
Oui, il y a donc différentes façons de construire en terre. Les plus connues sont le pisé, l’adobe et les blocs de terre comprimée. Voici pourquoi je suis persuadée qu’ici au Québec la construction en blocs de terre comprimée est la meilleure.
· Le contrôle de qualité est assuré tout au long de la fabrication ;
· La fabrication des blocs se fait à l’abri, contrairement aux autres techniques ;
· Nos été étant courts, les blocs de terre comprimée sous abris peuvent sécher avant la mise en œuvre ;
· La mise en œuvre est bien connue. Un maçon pose les blocs de terre ; (Mettre photo)
· Il y a possibilité d’utiliser des presses mécaniques ou hydrauliques très performantes
Les qualités de ce matériau
- La plus grande qualité de ce matériau est sa masse thermique. Mes recherches avec la SCHL ont démontré que la terre pouvait avoir une masse thermique presque le double que celle du béton. Une maison en terre au Québec, située plein sud avec de grandes fenêtres pour capter la chaleur du soleil, emmagasinera la chaleur dans sa masse qui sera par la suite redonnée durant la nuit, rendant cette habitation presque autonome au niveau du chauffage.
- La deuxième grande qualité de ce matériau est sont hygroscopicité. L’hygroscopicité est la capacité d’un matériau d’absorber le surplus d’humidité et de la redonner quand celle-ci baisse. Le matériau terre équilibre continuellement l’humidité relative. Donc l’air d’une habitation en terre n’est jamais sec. De plus, le tandem hygroscopicité et masse thermique assure un confort thermique en été, annulant la nécessité d’un climatiseur.
- Il requiert très peu d’énergie de production, pas de transport puisqu’il est produit sur place et pas de cuisson. Il est donc le matériau écologique par excellence.
- Ce matériau est acoustique. Sa masse absorbe les sons. À cause de cette capacité, l’atmosphère d’une maison en terre est toujours feutrée.
La chaleur emmagasinée et retournée pendant la nuit est une chaleur radiante, le meilleur chauffage qui soit.
(Mettre photo de foyer de masse et y indiquer en dessous de la photo, Foyer de masse fait en blocs de terre comprimée
-
- La terre est un matériau qui respire. Ici je me réfère à la baubiologie qui enseigne que notre maison est notre 3ième peau, la deuxième étant nos vêtements. Scientifiquement, il faudrait plutôt dire que le matériau terre à une grande perméabilité à la vapeur d’eau. Les vides et les pores à l’intérieur de ce matériau permettent à la vapeur d’eau de s’échapper mais aussi à l’air de passer.
- À l’intérieur ce matériau est excellent pour notre santé. Il ne dégage pas de COV (composés organiques volatils) dangereux pour notre santé. De plus, un matériau qui respire et qui est hygroscopique évite la formation de champignons si dommageables pour notre santé. De plus, selon David Pearson, il possède le même électromagnétique que l’être humain.
- Il est durable. Un bloc de terre est fait de gravier, de sable, du limon et d’argile (approximativement 20%). Les 3 premiers lui sert de structure et l’argile enrobe chaque agrégat et tient le tout ensemble. Or l’argile est au dernier stade de l’évolution de la terre. L’argile en fait donc un matériau très stable qui dure très longtemps si le matériau est bien fait ainsi que la construction.
Par ses qualités écologiques, sa grande masse thermique, son hygroscopicité, la santé, le confort et le calme qu’il génère à l’intérieur et sa durabilité, ce matériau est appelé à un grand avenir ici au Québec.
Note : pour plus d’information sur ce matériau, veuillez vous référer à mon livre : Habitat sain et écologique. Le chapitre sur l’architecture bio-climatique vous montre pourquoi ce matériau est si extraordinaire.