La fameuse aventure OGM en alimentation
Afin de bien comprendre la problématique des OGM en alimentation, il nous faut faire un petit retour en arrière. D'abord, il y a eu en 1983, un jugement de la Cour Suprême des États-Unis concernant le droit légal de trafiquer une cellule vivante. En effet, la compagnie General Electric a eu un jugement leur permettant de faire une bactérie génétiquement modifiée. Donc, n'importe qui peut, à partir de ce moment-là, faire des produits génétiquement modifiés et les mettre sur le marché. Pour ce faire, il fallait assouplir la façon d'évaluer les produits, donc à la rencontre de Reagan et Mulroney en 1985 à Québec, ils ont changé le processus d'évaluation du risque pour le principe de gestion du risque. Pour l'évaluation nous étudions les risques et pour la gestion de celui-ci, nous les subissons et cette nouvelle façon de faire s'applique tant pour le domaine pharmaceutique que pour l'alimentaire. Donc, ces gens ont de la suite dans les idées. Ayant les agences de réglementation dans leurs poches, le phénomène de la chaise musicale entre les agences de réglementation et les compagnies demanderesses est très bien documenté et a fait l'objet du film « Le monde selon Monsanto » de Marie Monique Robin. L'Europe ne fait pas exception à la règle des grands de ce monde. Pour eux aussi les OMG en alimentation s'implantent progressivement dans à la hauteur du seuil de 0.009%, donc presque 1%, dans l'alimentation des citoyens européens. Une façon plus insidieuse d'en faire lentement l'introduction. Avec les gouvernements de droite, ce sont les compagnies qui sont au pouvoir et non le peuple.
On nous vend la transgenèse comme la panacée pour sauver le monde de la faim alors que nous pouvons très bien faire l'évaluation des effets de la révolution verte des années 60 et nous pouvons constater qu'il y a plus de gens qui ne mangent pas à leur faim dans le monde aujourd'hui qu'hier. Mais nous, incrédules, nous croyons ces gens qui n'en ont que pour le profit et non le bien de l'humanité. Afin de faire passer les transgènes auprès de la population, les compagnies ont pensé à un principe, qui n'a rien de scientifique, l'équivalence substantielle. Ce principe d'équivalence substantielle nous indique que le produit proposé n'a pas de distinction importante avec le produit naturel et le produit transgénique. Si nous appliquons ce principe par exemple à l'automobile, une Toyota Highlander a un moteur 4 roues et fait la distance Montréal/Sherbrooke en 1.30 heure, une Toyota Yaris a un moteur, 4 roues et fait la même distance dans le même temps donc nous avons une équivalence substantielle. Nous savons très bien qu'il y a des différences, mais nous voulons les ignorer. Les compagnies ont utilisé ce principe de marketing tout en voulant lui donner une valeur scientifique. Encore une autre fausseté dans laquelle les agences de réglementation ont embarqué avec une facilité déconcertante. Le transgène est assez différent pour le breveté, mais pas assez pour l'étiqueté.
Forts des appuis politiques et règlementaires qu'elles ont pu obtenir de la part de nos gouvernement, ces compagnies, dites de la vie, se permettent de dicter aux producteurs ce qu'ils doivent semer en poursuivant ceux qui n'en veulent pas, mais que le gène du Round Up Ready se retrouve dans leur champ. Un jugement de la Cour Suprême du Canada rendu le 11 juillet 2009, accorde la propriété du transgène à la compagnie qui l'a constitué donnant ainsi la bénédiction absolue aux trafiqueurs de gènes, car après la Cour Suprême, il n'y a plus de recours juridiques possibles. Si le vent transporte le gène par le pollen et qu'il se mélange dans votre champ vous aurez à payer la compagnie qui peut vous poursuivre pour usurpation d'usage de l'une de leur propriété. C'est le début d'un nouveau système féodal.
Nous sommes à monter un dossier concernant les effets sur la santé des transgéniques en alimentation sur les animaux et les humains. Nous avons écourté la liste et malgré cela nous avons plus de 100 références qui nous amènent des informations sur la santé de ces animaux et humains. Déjà en 1999-2000, il y a eu un mandat de donné à la Société Royale du Canada afin d'étudier l'avenir de la biotechnologie au Canada. Le comité était composé de 17 scientifiques de domaines différents et multidisciplinaires. Le comité a remis au gouvernement son rapport le 4 février 2001 et il y avait plus de 50 recommandations concernant la culture, les études nécessaires, l'acceptation sociale et ces 17 experts dans leurs différents domaines ont vu leurs rapports tablettés avec une indifférence des plus froides et le gouvernement présent veut changer l'objectif impartial des rapports de la Société Royale pour en faire une référence plus conciliante avec les intérêts économiques des grands de ce monde. Dans les recommandations du groupe, il y avait une demande d'études indépendantes, l'application du principe de précaution, la vérification des données des compagnies et 49 autres recommandations intéressantes. Aucune des 53 recommandations n'a été mise en application. Dans le cas des OGM les parlementaires ne peuvent plaider l'innocence, car toutes les informations ils les ont reçues, mais on ne peut empêcher un cœur d'aimer. Seulement par cette réponse de notre gouvernement, nous pouvons constater la très grande influence que les compagnies de la science du vivant ont sur nos élus. Nous avons les gouvernements que l'on mérite, pas si sûr que cela, car une fois élus, ils semblent subir l'influence des gros lobbys plus que de la population.
Fort du principe d'équivalence substantielle, les compagnies ont fait des percées importantes auprès de ces gouvernements élus afin d'éviter les études approfondies sur leurs produits transformés. Se fiant aux « pseudo » études présentées, nos agences de vérification, telle que l'Agence canadienne d'inspection des aliments, ne font, de toute évidence, que regarder les demandes d'homologation des produits. Pourquoi je dis cela? Nous avons fait une demande d'explication à la ministre de la Santé du Canada, suite à l'acceptation de maïs SmartTax (8 transgènes) pour consommation humaine, et la ministre nous a répondu (sic)... « On s'attend que la compagnie ait fait toutes les études nécessaires »... expliquant ainsi la profondeur des évaluations faites par son ministère. L'approbation de ce maïs n'est pas une exception.Nous pourrions, si nous avions accès aux études présentées par les compagnies, avoir sensiblement le même jugement, soit le manque de preuves scientifiques pour l'acceptation de ce genre de produits.
Dans toutes les études concernant les rongeurs, nous avons un impact sur leur système immunitaire, sur des organes vitaux comme les reins et le foie, et pour les deux seules études qui ont été faites pour plus de 90 jours, les études ont démontré une incidence majeure sur le système endocrinien et reproductif de ces rongeurs. La dernière étude parue dans la revue Reproductive Toxicology, l'auteur le Dr. Aziz Aris nous fait la démonstration que les protéines liées aux OGM sont présentes dans le sang de femmes enceintes et leur fœtus. Si nous avons une protéine du Bacillus Thurigentis , du glyphosate et du glypphosinate dans le sang, nous pouvons nous questionner sur la gestion du risque accepté en 1985. On ne peut savoir l'impact que cela aura chez l'humain, mais avoir des toxines de ce genre dans notre sang, n'est certainement pas très rassurant. Toutes les études présentées par les compagnies concernant les éléments toxiques des OGM n'ont qu'une durée de 90 jours seulement. Dans un si cours laps de temps, il devient impossible de faire des extrapolations sur les effets toxiques à long terme. Seulement deux études indépendantes ont une durée de plus d'une génération. Nous y reviendrons un peu plus tard.
Regardons de plus près l'évolution des évaluations indépendantes qui ont été faites au cours du temps. La première étude, qui a créé toute une réaction en Europe, fut celle d'Arpat Putzai, de l'Instutut Rowett en Angleterre. Le Dr. Putzai, spécialisé dans les vecteurs (conducteurs) des protéines et il a fait une évaluation sur cette conduction chez les rats et à sa grande surprise, des effets secondaires importants étaient apparus chez ces mêmes rongeurs. Ces effets secondaires se départageaient à deux organes, le foie et les reins et au système immunitaire des rongeurs. Ces effets sont apparus seulement après 10 jours d'utilisation comme alimentation. Pour le Dr. Putzai, il fallait absolument que le peuple sache ce qui était en train de se passer dans le groupe mangeant les transgènes en question. Il demande alors au directeur de l'Institut la permission de faire une conférence de presse afin d'expliquer ce qui se passait avec ses rats. Suite à la conférence de presse, le Dr. Putzai fut remercié et tous ses documents saisis et une campagne de dénigrement s'ensuivit à son égard. Le directeur de l'Institut fut aussi remercié et le Dr. Putzai fut obligé de signer une entente de retrait des médias publics pour une certaine période. Le gouvernement voulait mettre sous silence, car pour lui, l'Angleterre ne pouvait être à la traîne de l'effervescence économique de cette nouvelle science de la « vie ». Avec les compagnies le gouvernement anglais faisait la promotion des OGM en alimentation et encore une fois tous croyaient que cela permettrait de nourrir le tiers monde ou comme disait Sol, le fier monde. Une autre révolution était supposée de s'en occuper, la révolution verte des années 60 était sensée le faire, mais ce ne fut pas le cas. Que notre crédulité est grande. L'Europe se relevait du Coke à la dioxine et la maladie de la vache folle, suite à deux épisodes de la vague de dérèglementation, donc le peuple était plus sceptique concernant l'arrivée de ces OGM en alimentation. Les promoteurs des OGM voulaient faire exemple avec le cas Putzai et les conséquences subies par Putzai ont effectivement découragé les scientifiques à porter critiques par rapport aux OGM en alimentation, que les recherches indépendantes n'ont repris que plusieurs années plus tard. Ici au Canada, nous avons eu le rapport de la Société Royale du Canada qui nous a orientés sur les craintes que nous devrions avoir sur les OGM, mais que nos gouvernements successifs ont ignorées.
En Amérique, les premiers écrits sont faits par des journalistes ou écrivains, dont Jeremy Rifking et Jeffrey Smith, qui ont tour à tour essayé de sensibiliser les citoyens aux dangers des OMG. À chaque fois qu'un scientifique énonçait quelque chose de négatif, la compagnie Monsanto s'empressait de dénoncer les avancées du scientifique en question. Vous souvenez-vous qu'une étude avait été présentée dans les médias du Québec soulignant la présence du transgène Bt dans la décharge des rivières Châteauguay, Richelieu et Yamaska qui était 5 fois plus élevé que dans la rivière elle-même, exprimant ainsi les effets cumulatifs du transgène. Le lendemain, un autre article publié dans les médias contredisait les avancées. La même tactique a été utilisée par les barons du tabac tout en utilisant aussi la menace de retirer les publicités dans ces journaux nationaux et locaux. Ce fut la seule tentative de scientifiques québécois à faire part de leurs trouvailles. Nos gouvernements ont investi plus de 3 millions de dollars dans la promotion des OGM en alimentation, vous n'avez qu'à vous rappeler le petit dépliant d'une vingtaine de pages vantant les bons effets des OGM en alimentation et le gouvernement du Québec a investi en 2006, 118 millions en recherches et seulement 1.5 million dans l'agriculture biologique. Cherchez l'erreur. C'est sûrement la même erreur que notre ministre de la santé le Dr. Bolduc qui nous disait, pour promouvoir le vaccin H1N1, que nous étions en meilleure santé au Québec, car c'est nous qui consommions le plus de médicaments. Nous pouvons constater l'emprise que les grandes entreprises ont sur nos politiciens.
Depuis quelques années nous avons des études qui nous proviennent de la Russie. Ces études confirment les études indépendantes qui ont été faites par nos scientifiques et internet nous permet d'avoir l'information plus rapidement. Comme nos scientifiques qui avaient découvert plusieurs effets secondaires concernant les OGM en alimentation, deux des études russes, celle de Skarvov nous démontre que les cochons d'Inde développaient une infertilité déjà à la troisième génération et celle de Emakova, chez les rats, nous avions déjà à la première génération des taux de mortalité plus élevés. Donc Gilles-Éric Séralini, du CRII-GEN, de l'université de Caen, nous a démontré les effets sur le système endocrinien, que le Dr. Mae, de l'Institut for Science in Society, nous interpelle sur les effets sur presque tous les systèmes organiques de l'être. Nous avons fait un document que nous espérons présenter à trois ministères du Québec, agriculture, environnement et santé. Ce document contient 138 références qui démontrent les effets que les OMG ont sur la santé animale, végétale et humaine. L'étude récente du Dr Aziz Aris, Maternal and fetal exposure to pesticides associated to genetically modified foods in Eastern Townships of Quebec, Canada, dans le journal Reproductive Toxicology, nous amène dans une tout autre réflexion, car c'est la démonstration que les prétentions des scientifiques des compagnies de transgénisme nous ont menti par le fait que le transgène ne devait pas traverser la barrière intestinale de l'animal. Non seulement il traverse la barrière intestinale, mais les protéines du transgène traversent la barrière de l'humain et aussi celle du placenta. Nous sommes, de toute évidence, rendus au point de faire la gestion du risque, car les risques sont maintenant présents dans le sang de nos enfants. Quand un bébé de trois mois, au lait maternel, développe une réaction carabinée à la protéine bovine, nous sommes en droit de nous poser des questions sur les décisions de nos agences de règlementation. Le changement de l'évaluation d'un produit à la gestion du risque de ce produit, n'est-ce pas là le début de la prise en charge de notre avenir alimentaire et pharmaceutique par des compagnies souvent étrangères?
Voilà pourquoi, il ne faut pas militer pour l'étiquetage, mais bien pour l'abolition de ces cultures, car en acceptant l'étiquetage nous acceptons aussi la présence des OGM dans notre assiette, présences qui ne feront qu'augmenter avec le temps.
André Nault,
Président des AmiEs de la Terre de l'Estrie et militant contre les OGM en alimentation depuis 12 ans